C’est lundi, ah, ah, ah, ah… je regarde ma montre, il est déjà huit heures. Je te propose que nous nous embrassions tendrement car rapidement, tu vas prendre un taxi qui va t’emporter mon cœur… Au lieu d’aller travailler, nous ferions mieux d’aller passer la journée au soleil car ça, c’est une chose que nous n’aurons jamais. En effet, chaque fois, c’est pareil, c’est quand on est sur le carreau que le ciel est beau. Dire qu’il doit faire si bon sur les routes, le lundi au soleil. Dans les embouteillages, oui, il doit faire vraiment bon… En même temps, c’est rarement le lundi qu’il y a des bouchons. Sauf avec les garçons coiffeurs et le mec moi.  

Quand vient l’mardi, la grande Zoa, met ses bijoux, ses chinchillas. Et puis, vers minuit, elle s’enfile un boa (autour du cou, autour du cou, pas de panique) et pourtant, on pourrait imaginer le pire quand on sait que le jour, elle est antiquaire, rue des Saints Pères et du coup, on ne sait plus très bien si c’est une fille ou un garçon, y en a même qui marmonnent que ce serait un véritable homme, oui, on dit ça. Alors, j’imagine qu’on peut le dire franchement, en fait, c’est un travelo. Ou une drag-queen. Mais pourquoi le spécialement le mardi ? 

Quant aux filles du mercredi, elles sont toutes restées dans leur lit. Elles vont glander toute la journée à jouer aux pétasses et ça n’a pas changé, ça. Adriana va prendre un bain, Sabrina découvre qu’elle est jolie, Britney coud des fleurs sur son pantalon, Déborah téléphone à Cindy, Sandra sort avec un garçon et Charlène rêve au prince charmant mais qui aimerait le rap. Elles n’ont vraiment rien de mieux à faire, j’sais pas moi, prendre un livre et se cultiver ? Ou aller faire du sport. Le mercredi, c’est idéal pour ça. 

Autrefois, le jeudi, c’était le mercredi préféré des écoliers mais maintenant, le jeudi, je dis que c’est un jour banal car, surtout pour moi, il est en plein milieu de la semaine. Et moi, je me souviens des revendications de l’époque alors que nos chers parents n’hésitaient pas à faire grève trois fois par mois contre l’augmentation du beurre ou pour la semaine des quarante heures. Et nous, les enfants, nous n’avions plus le temps de nous amuser ni même de lire un illustré. Quand on pense qu’on en a rêvé de cette semaine des quatre jeudis. 

Le vendredi, jour du poisson et pas que pour moi, ça devient plus difficile de trouver le truc qui va bien. Avoir l’air. L’air de la chanson. Car le vendredi soir, ça n’inspire personne. Le vendredi soir, on n’a aucune envie. Aucune notion de temps. Il ne se passe rien pas même sur la FM. Et même si nous étions à New-York, ça ne changerait rien. Nous serions chavirés de la même façon. Nous passerions la soirée, seuls, à geindre au bar. La distance… Un vendredi soir en pleurs.  

Tout va nettement mieux le samedi, on sent la fièvre qui monte, qui monte, qui monte… La fièvre de cheval, pour certains dont le nom commence par Span et finit par Ghero. Pour les autres, c’est le soir des sorties. Là où on va transpirer entre soi et s’imbiber d’alcools et de fumées diverses. Et de rythmiques. Et samedi soir, sur la terre, se créent des histoires ordinaires : ils se frôlent, ils se touchent et ils sortent tellement la musique est forte et ensuite, ça se termine rapidement dans une voiture, on est samedi soir.  

Et, c’est aujourd’hui dimanche, la jeune femme met sa robe blanche pour aller voir sa mère à l’hôpital et elle soupire, encore une fois, peut-être la dernière fois. Tiens, elle pourrait acheter des roses blanches. Le problème, c’est que sur le chemin de l’hôpital, elle s’est arrêtée sur les bords de la Marne et c’est là que tout est arrivé : ça s’est passé un dimanche, un dimanche au bord de l’eau. Elle avait bien fait de porter sa robe blanche et lui, son pantalon à carreaux. Et ils ont flirté et le temps a passé sans qu’ils ne s’en rendent compte et la petite fille est née quelques mois après mais elle n’aura jamais connu sa grand-mère qui est morte un dimanche.