La critique est aisée, mais l’art est difficile. Alors, j’aurai donc le beau rôle, aujourd’hui car je vais critiquer et d’avance, je présente mes excuses les plus plates (ah ben non, les plus rebondies, ça m’excite tellement de me moquer et de critiquer que du coup…) au créateur de l’objet dont auquel il va être question dans les lignes suivantes. Et pour les rares sensibles à la bonne langue, sachez que le dont auquel, dans la phrase précédente, il était volontaire. 

Beaucoup d’entre vous connaissent mon penchant pour la cuisine, la faire, la déguster et la lire. J’ai une collection un peu hallucinante de livres de recettes et de magazines spécialisés en la question. Et de pages découpées dans des magazines que je n’ai pas voulu garder car ça prenait décidément trop de place. Et je suis aussi à l’affût de toutes les dernières nouveautés en termes d’art de la table et aussi pour les ustensiles de cuisine. Là encore, j’aime les catalogues et tout et tout. 

Bref (il va falloir que j’apprenne à faire court), quand j’ai entendu parler de la georgette, la cuiller fourchette, j’ai d’abord souri puis j’ai trouvé ça moche et ensuite, je me suis dit que franchement, il avait que ça à faire le mec. Y a pas de raison. Y en a qui pensent que j’ai que ça à faire, moi, de critiquer et de me moquer. 

Georgette la cuiller fourchette 130312

Le mec en question, c’est Jean-Louis Orengo, un ariégeois au cœur fidèle (les plus érudits comprendront le jeu de mots), trappeur, aventurier et ichnologue (les plus érudits n’auront pas besoin de chercher ce que ça veut dire sur Wikipedia, les moins accros iront directement dans un dictionnaire). Il a inventé la fourchette-cuiller dans les années 90 car lorsqu’il partait bivouaquer et qu’il ne voulait pas alourdir son sac à main. Euh, non, son sac à dos. Sac à main, ça aurait plutôt fait aventurière mais là n’est pas le propos.

On imagine le produit qu’il a créé, au départ, certainement en bois ou en os. Peut-être même en silex. Voire en corne d’ours. Un trappeur, tu penses… Et donc, il a fait un flop, je vous dis pas. 

Mais voilà-t-y pas que certains grands chefs se sont engoués pour cet objet qui ressort cette année dans sa version luxueuse (modèles argenté, mat ou titane noir) et c’est furieusement tendance dans les grands restaurants. Elle permet de couper un poisson car elle un bord un peu tranchant, mais aussi de séparer des médurs (des médurs ??? ah oui, des mets durs !), de piquer un aliment solide à l’aide de ses quatre fourchons et de prendre une cuiller à soupe de soupe à soupe de sauce.

Georgette la cuiller fourchette 2 130312

Il paraît aussi que la georgette est très bien pour les gens atteints de la maladie de Parkinson qui trouvent que ça leur rend bien service. Je ne vois pas très bien pourquoi parce que quand tu trembles, que ce soit avec une cuiller ou une cuiller-fourchette, t’en fous partout quand même. Et on dit que certains parkinsoniens auraient fait savoir au créateur de la georgette qu’elle leur facilitait la vie. Je les imagine en train de vouloir composer un numéro de téléphone sur leur portable en tremblant. Ou en train de vouloir envoyer un courriel du genre : mmerlerci beouccoupp poour la goregtoette ellle mme rendnds bieeen serivivprvice ! 

Une chose est sûre, pour les malades atteints d’Alzheimer, elle n’est d’aucune utilité particulière étant donné que si tu ne sais plus où tu l’as rangée, ta georgette, elle ne te sert plus à grand-chose. Comme quoi, on peut pas penser à tout. Surtout lui. Il aurait pu faire une georgette qui répond quand on la siffle, par exemple. Moi, je dis ça, je dis rien.  

Et moi, si j’avais été lui, un aventurier un peu imaginatif, j’aurais même imaginé la courchette ou le fouteau. Le couteau-fourchette ou la fourchette-couteau. D’un côté, une lame bien tranchante et de l’autre, des fourchons ou des dents. Le seul  problème à résoudre, c’est comment couper son steak de rennes avec un seul instrument qui fait les deux à la fois ? Mais comme ce n’est pas moi l’inventeur, ce n’est pas à moi de répondre à cette question qui, si on y regarde de très près, est vachement pertinente et intelligente.